Globalement, le Mississippi et son bassin, c’est les Etats-Unis, à peu de choses près (et c’est une Californienne qui dit ça). Impossible donc de faire l’impasse sur la grande vallée qui irrigue et fait circuler tout ce continent (et qui de plus a fait partie du royaume de France, autrefois). Bien sûr, comme toujours, suivre son cours en voiture ne permet pas de le vivre en profondeur, mais donne un aperçu, met des images, des sons et des goûts sur ces morceaux d’Amérique si pauvres et si riches à la fois, et qui nous laissent songeurs et chanteurs jusque de l’autre côté de l’Amérique.
Au fil de l’eau, on prend le temps d’ y entrer. Destination de l’exode du sud, Chicago est restée pour nous cette ville pragmatique d’affaires, aussi ne sera-t-elle que lors d’une prochaine visite la ville du jazz, de la nouvelle vie des noirs du Sud. Springfield, capitale de l’Illinois et ville d’exercice de Lincoln nous rapproche de la guerre de Sécession et de la question de l’esclavage. St Louis, où se rencontrent Missouri, grand affluent qui prend sa source dans les Rocheuses et le Mississippi, est le symbole de notre sortie de l’Ouest, comme elle en était le symbole d’entrée du temps des pionniers, ce qui est aujourd’hui marqué par une grande arche (de 200m de haut, le guide l’appelle la “Tour Eiffel de l’Ouest”) en dessous de laquelle se trouve un musée sur la conquête de l’Ouest. Les “hot wings” très épicées, consommées dans un pub irlandais du quartier nommé Soulard (en français dans le texte) nous rappèlent cette croisée des chemins entre trappeurs français, pionniers américains et cuisine du sud (et donc héritage de l’esclavage, et de la culture africaine-américaine).
Déjà ici, comme en aval, les villes sont loin d’embrasser le large fleuve boueux, utile pour communiquer, transporter, vendre, acheter, mais qu’on enserre dans des murs de peur de ses eaux envahissantes. Murs qui portent les marques des crues passées et des fresques honorant la mémoire locale, du jazz au coton en passant par la (dé)ségrégation et la conquête de l’Ouest.
Plus au sud encore, Memphis nous plonge plus directement dans le Sud et sa musique. Une ville loin d’être riche, mais qui est un lieu de pélerinage pour maints fans d’Elvis (nous avons honteusement évité ou plutôt, pas choisi comme priorité, Graceland, la demeure du King), et aussi évidemment haut lieu du blues, et pour ça nous n’avons pas été déçus par notre soirée chez BB King sur l’inévitable Beale st. Nous sommes également passés au musée sur la lutte pour les droits civiques, qui documente en détails toutes les étapes légales, juridiques et de société pour mettre fin à la ségrégation, longtemps après la fin de l’esclavage. Cela donne une très longue expo (demandez à Chloé) mais qui permet de se rendre pas mal compte de ce que ça prend de changer une sociétè en profondeur, et que les lois sont une conquête mais ne règlent pas tout. Non loin de là, les premiers champs de coton défilent, captivants et blancs, les plants si bas qu’on se voit se casser le dos à les ramasser, aux fruits si doux à l’intérieur mais à l’écorce si piquante.
Et vient le delta. Là, la terre devient si basse et plate que le Mississippi divague et se perd et change de cours dans ses propres marais. Et c’est dans ces bras entrelacés, la région la plus pauvre du pays, terre d’esclaves, puis de métayers, qu’est né et vit toujour le blues, dont la capitale est Clarksdale, que nous ne voyons que de jour et par son musée, et pas dans ses cabanes à blues qui font vibrée son âme à la nuit tombée. Le long de la Highway 61, qui suit le delta (la même que revisita Dylan), les dollar store et les pawn shops trahissent la pauvreté…l’uniformité de la population…noire…parle aussi. Les plus belles maisons sont les plantations ou les églises.
Nous retrouvons la guerre de Sécession à Vicksburg, assiégée par le Nord pour contrôler le Mississippi et couper les forces confédérées et dont le petit musée, privé, invite sans insister à ne pas oublier le Sud, la Confédération, malgré sa défaite, tout en étant principalement un prétexte pour expose des maquettes de bateaux faites par le club local, depuis les galions espagnols jusqu’aux sous marins de la seconde guerre mondiale (voire les avions d’Iraq).
Nous commençons à y voir l’architecture élégante des grandes maisons à balcon de fer forgé, fierté du sud.
Après tant d’eau, et de plus en plus, nous arrivons à la Nouvelle-Orléans. YAP devant nous rejoindre le 2e jour, nous réservons le quartier le plus emblématique (mais pas le plus dépaysant, pour un Parisien), le Vieux carré, pour son arrivée, et commençons par une journée où nous vivons plus la ville que nous la visitons, en allant au zoo (pour Chloé, et pour voir des “swamps” et leurs alligators si caractéristiques de la région mais que nous n’aurons pas le temps daller voir, et qui seraient d’ailleurs trop chauds et moustiqueux pour Chloé). En route depuis l’hôtel, nous admirons d’immenses maisons et visitons des quartiers résidentiels dont l’ambiance rappelle un peu San Francisco, et des villes d’Europe du Sud. Ça nous plaît, et aussi le quartier gay du faubourg Marigny où nous allons prendre le café ensuite, et écouter du jazz, puisque c’est là qu’il est né.
Le French Quarter, par comparaison, est moins serein. A commencer par la très vulgaire Bourbon st, qui vit la nuit d’alcool, de musique, de sexe, de t-shirts puérils pour enterrement de vie de garçon, et où les enfants ne peuvent pas entrer au restau pour cause de video poker. Bien sûr, il ya de très belles maisons (Royal st), une jolie grand place qui donne sur le Mississippi, une expo poignante sur Katrina, de bons restaus, une cool salle de jazz et les cocktails (avec ou sans alcool) sont tout de mêmes bienvenus en fin de journée. Mais finalement, peut être surtout avec Chloé, et notre expérience de vie à SF aidant, nous apprécions aussi les villes un peu autrement.
De tout cela reste une impression qu’ici, nous pourrions vivre, à condition de s’habituer à la chaleur, en évitant le Vieux Carré comme nous n’allions jamais ou presque à North Beach et Marina à SF.
A l’occasion d’un post-doc peut être?
C’est en tout cas assez fun de retrouver YAP au café au détour d’un bloc et de vivre un bout de road trip avec lui pendant quelques jours. Chloé n’a pas complètement l’air de mesurer le random de la chose, mais en tout cas elle apprécie le nouveau compagnon de jeu/lecteur de Boucle d’or/dessinateur de poissons/porteur sur épaules…
The Louisiana Purchase (soupir)