Factory
Lundi. Encore une journée passée à Shenzhen – pour beaucoup devant mon ordinateur. J’attends désespérément pouvoir décoller d’ici et faire un peu plus que profiter de l’imprenable vue de ma chambre d’hôtel sur le smog chinois. Quelqu’un “should” me récupérer aujourd’hui. D’accord, j’attends. Toujours rien, j’attends toujours. Et en pleine lecture d’emails, sonnerie de téléphone: “- Someone’s here to pick you up. – Now? – Yes.” Ah ah, ça y est c’est reparti; 1h de route vers le nord (c’est à peu près la seule info que j’ai à ce moment là) et je retrouve un boss un peu dépité: on sent que tout ne tourne pas complètement comme prévu. Et pour cause: 10 jours qu’il est là, et on n’a pas pu commencer vraiment ce qu’il y avait à faire. “Quelques soucis de logistique”, comprends-je: c’est que la Chine fabrique à peu près tout, et l’exporte instantanément à peu près n’importe où. Par contre, importer de la marchandise, c’est une autre affaire, et mieux vaut être en bons termes avec les services douaniers: chargement pas prévu ou en retard? Passez votre tour, et revenez dans 3 jours. On nous fait mariner l’après midi en nous baladant d’usine qui ne correspond pas à ce qu’on avait demandé en usine qui irait bien mais qui n’a finalement plus le temps, puis on finit à la nuit largement tombée dans une dernière avec quelques très bons anglophones et des lignes de production flambant neuves. Discussions techniques, inspection du matériel, négociation de planning: le poisson mord, et le pêcheur retrouve l’appétit.
Mardi: changement – partiel – de programme. L’usine d’hier va bien, mais on fera finalement l’assemblage mécanique ailleurs, donc il faudra se séparer. Journée de toute façon morte, puisque les techniciens doivent programmer les machines de production. Pas d’angoisse: Internet sort du mur, j’ai largement de quoi ne pas m’ennuyer. Il fait un gris uniforme dehors et la clim très bien réglée de la chambre d’hotel m’ôte toute notion de temps.

Heureusement, la perception d’une divergence ophtalmique croissante, doublée d’un embourbement cognitif certain, rappellent mes besoins primaires à l’ordre: il est temps d’aller se remplir la panse. D’ailleurs oui tiens il fait nuit. La salle du buffet n’amasse pas foule, et les serveurs sont presque surpris de voir quelqu’un perturber cet univers de cire. Les plats sont pourtant prêts et maintenus chauds, et les épices se mélangent aux fritures et saveurs sucrées, tentant ça et là de satisfaire davantage un palais occidental que local; le résultat n’est du coup pas toujours probant (vous avez déjà essayé du lait concentré avec du pain et du bacon grillé?). Et qu’est-ce qu’on boit avec ça: oh une théière, chouette idée, un bon thé au jasmin… Je remplis le verre, la vapeur d’eau se dégage mais pas le fumet végétal attendu: fichtre, ils ont oublié le thé! A moins que… mais non, ce n’est pas une erreur: ici on boit de l’eau chaude par litres, chauffée et bouillie dans des cafetières à l’américaine, mais surtout pas d’eau fraîche (sauf en bouteille): question de santé publique. L’histoire ne dit en revanche pas comment sont fabriqués les glaçons plongés sur demande dans ce breuvage canonique pour le rafraîchir…
Vacuum maker
Mercredi passe, le maussade envahit l’espace: c’est à peine si je pense à ouvrir mes rideaux. Enfermé dans mon univers électronique, j’enchaîne les heures, et personne pour me ramener à la réalité du monde ambiant. La vue du 20è étage sur ce carrefour géant quasi-désert me remplit de rien, et je prends soudainement conscience du vide engendré par une vie solitaire totalement dédiée au travail et sans contacts extérieurs. L’avantage, c’est que ça permet d’avancer vite; l’inconvénient c’est qu’on oublie rapidement vers où. Heureusement, l’établissement d’un inattendu vidéo-chat avec mes grand-parents rochois me rappelle un peu qui je suis: je ne suis finalement peut-être pas là totalement par hasard.

“Tomorrow I let you know in the morning when we can go to the factory”, m’informe mon contact. Il était temps; c’est pas comme si jusqu’ici j’aurais à peu près pu faire tout ce que j’ai fait depuis la maison. Le matériel ne sera tout de même délivré qu’en fin de journée, et je passe ma soirée – non sans une certain excitation – à expliquer par interprète interposé tout ce qu’il y a à faire, ou mettre les petites petites parties en métal, les grosses vis, attention là c’est fragile, ne mettez pas de la colle partout et hop voilà un petit ordinateur tout neuf. Bien sûr, il manquera un ou deux cartons de pièces détachées ci et là, mais avec un peu de persuasion, d’organisation et un bon téléphone, on finit toujours par s’en sortir.
Let’s do it now!
Du coup, vendredi, c’est (enfin) parti: j’arrive à 9h30, 1h après le début de la séance. A peu près comme je l’imaginais: pas plus grand qu’une grange de la Chacunière, des murs décrépis et deux fois deux très longues tables séparées par un tapis roulant. Je fixe la batterie dans la partie plastique, je pose le tout sur le tapis roulant, je le prends et j’y rajoute des cables et y visse deux charnières, je pose le tout sur le tapis roulant, je le prends et j’y insère un clavier, je pose le tout sur le tapis roulant, je le prends et…. Du travail à la chaîne, comme je n’en ai finalement vraiment vu qu’à travers le petit écran (mais qu’ai-je donc fait pendant mon stage ouvrier de l’X!). Profil de l’emploi: très jeune (non, je ne fais pas travailler des enfants) – en gros 20-25 ans, a priori sans qualification. L’ouvrier en chef a 25 ans, et le manager local un peu plus âgé que moi. Et ça paye bien? Comme on s’y attend, pas vraiment: on vient ici parce qu’on nous facture l’heure de main d’oeuvre à 2 dollars, mais leur salaire de base n’en dépasse en fait pas 50 par mois. La différence avec mon salaire est donc à peu de choses près égale lui-même: faites le calcul, c’est du coup largement rentable – aussi – pour l’entreprise sous-traitante, au détriment du bout de la chaîne (si je puis dire). Il semblerait néanmoins qu’il y ait une certaine régulation du travail (je ne me suis pas vraiment renseigné avant pour être honnête), qui interdise par défaut le travail le dimanche ET le samedi. L’expérience prouve cependant que la contrainte s’ssouplit assez facilement, sous simple pression de planning et modulo un léger surcoût (qui peut quand même aller jusqu’au double). Je joue donc l’inspecteur des travaux finis (et en cours), en même temps que le réparateur d’unités mal en point et le co-inventeur (avec le jeune “chef”) des astuces de montage – ce dernier point a l’air d’augmenter ma crédibilité.

Après avoir trimé jusqu’à 22h la veille, ils remettent ça le samedi, donc. Carte en papier nominative, horloge-pointeuse, et hop. Pause de 10min à peu près toutes les 2 heures, sur un air de “chouette c’est la récré”, et on enchaîne: la batterie, les connecteurs, les vis, le clavier, clips la charnière, test ok, on visse le tout, on colle les pads en plastique, on emballe on range dans la grosse boîte, et on recommence. Le midi, c’est “fête”, on m’emmène dans un resto (vraiment) chinois, où sont joyeusement accrochées des guirlandes et autres “merry christmas” en carton, sur fond de serveurs avec bonnet de père noël et un sino – jingle bells (ou ave maria, c’est selon) d’un kitsch tout à fait de saison. Noël ici, c’est un peu comme Halloween en France: 100% import, et commercial avant tout. En guise de bienvenue, on nous sert non pas de l’eau tiède (mauvaises langues), mais une sorte de jus épais jaune-soleil-de-fin-de-journée, type lhassi mangue. Sounds cool. “- Fruit mix? – Corn juice.” Erk; je n’avais jamais imaginé presser un maïs comme un citron pour en extraire la moindre substance agréable. Pour faire passer le mélange, c’est sucré et chauffé comme du thé. Mes hôtes se réjouissent et se délectent, je me cultive. Pour le reste, huîtres à la façon escargots de bourgogne (beurre/persil/ail) et légumes bouillis, sur base de riz cantonnais (eh oui, on est juste à côté), agrémentent les plus connus poulets au curry et canard à l’orange (et non, je n’ai pas mangé de chien).
Fin de la semaine, à l’hôtel, pour changer. Pas de maillot de bain, pas de piscine (ok c’est une mauvaise excuse), je privilégie la randonnée quasi-urbaine et l’exploration des périphéries de mon carrefour central. J’ai même un but: trouver un produit pour dissoudre les taches de glue et reluire nos gadgets en cours de fabrication. Facile. Google Maps est très fort et m’indique deux “department store” à 1/2h de marche de là. Ma quête m’aura davantage permis de me dégourdir sous le regard curieux et amusé des autres piétons, et d’apprivoiser ces grandes avenues autrement que sur un siège sans amortisseurs. Je ramène quand même un échantillon de super-glue et du dissolvant de vernis à ongles pour faire quelques tests – absolument non concluants. Pendant ce temps là, l’autre moitié de la compagnie s’acharne sur l’assemblage électronique, avec un succès mesuré, mais réel. Vol de retour initial prévu demain – stop – demande instructions – stop – de mon côté ca roule – stop – mais on aura pas fini avant mardi – stop. Pas si simple; mais ce qui est sûr, c’est que l’un de nous deux est de trop sur ce territoire, et il va falloir tirer ça au clair demain matin. Soit. J’accepte le duel, mais en général je décide de ce que je fais de la journée *avant* mon petit déjeuner. Deal.
Back home
Lundi matin, l’empereur, sa femme et sa petite princesse se vidéordonnent pour le soir-même (enfin, le mien): l’aurore a décidé, c’est moi qui pars, tonight. Douches, bagages, ptit dej, check-out, et good morning Dongguan avant même 8h du mat’. Et aujourd’hui, pas d’interprète disponible. Armé de mon meilleur chinois, je me lance à expliquer que “là bon en fait l’écran tactile est pas tout à fait bien mis, il faut vraiment le caler pile-poil avec l’écran LCD pour que ca rentre ensuite dans la partie plastique, sinon on risque de casser un des morceaux; bon et aussi il faudrait mettre deux ouvriers sur les boîtes en carton et un sur l’emballage final, parce que là l’heure tourne et ca serait pas mal de prendre un peu d’avance pour pas se retrouver coincé”; je retrouve alors avec joie mes fidèles alliées de ce genre de situation: mes mains. Puis tout s’enchaîne, comme prévu (pour une fois): je remballe mes machines, je me fait trimballer dans la petite voiture tape-cul pendant 1h30, et direction le ferry pour traverser la baie jusqu’à l’aéroport. Dans l’intervalle, j’aurai perdu mon supposé bagage de soute pour cause de “vous aurez pas le temps de l’enregistrer à l’arrivée”. Démenti aussi sec une fois débarqué par l’enregistreuse du moment, mais pas grave, je retrouverai tout ça demain avec le retour du boss qui me la garde au chaud en attendant.
Taipei International Airport, 22h50, décollage pour SF dans 25 min. Ici je “capte” le blog, donc hop juste le temps de poster grâce au wifi pervasif, et de clore ces premières aventures chinoises.
Un deuxième et dernier post avant de rentrer

Pas eu le temps de bcp relire, j’espère que y a pas trop de fautes.
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Title: Made in China – part II
Un deuxième et dernier post avant de rentrer
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Title: Made in China – part II
Lundi. Encore une journée passée à Shenzhen – pour beaucoup devant mon ordinateur. J’attends désespérément pouvoir décoller d’ici et faire un peu plus que profiter de l’imprenable vue de ma chambre d’hôtel sur le smog chinois. Quelqu’un “should” me récupérer aujourd’hui. D’accord, j’attends. Toujours rien, j’attends toujours. Et en pleine lecture d’emails, sonnerie de téléphone: “- Someone’s here to pick you up. – Now? – Yes.” Ah ah, ça y est c’est reparti; 1h de route vers le nord (c’est à peu près la seule info que j’ai à ce moment là) et je retrouve un boss un peu dépité: on sent que tout ne tourne pas complètement comme prévu. Et pour cause: 10 jours qu’il est là, et on n’a pas pu commencer vraiment ce qu’il y avait à faire. “Quelques soucis de logistique”, comprends-je: c’est que la Chine fabrique à peu près tout, et l’exporte instantanément à peu près n’importe où. Par contre, importer de la marchandise, c’est une autre affaire, et mieux vaut être en bons termes avec les services douaniers: chargement pas prévu ou en retard? Passez votre tour, et revenez dans 3 jours. On nous fait mariner l’après midi en nous baladant d’usine qui ne correspond pas à ce qu’on avait demandé en usine qui irait bien mais qui n’a finalement plus le temps, puis on finit à la nuit largement tombée dans une dernière avec quelques très bons anglophones et des lignes de production flambant neuves. Discussions techniques, inspection du matériel, négociation de planning: le poisson mord, et le pêcheur retrouve l’appétit.
Mardi: changement – partiel – de programme. L’usine d’hier va bien, mais on fera finalement l’assemblage mécanique ailleurs, donc il faudra se séparer. Journée de toute façon morte, puisque les techniciens doivent programmer les machines de production. Pas d’angoisse: Internet sort du mur, j’ai largement de quoi ne pas m’ennuyer. Il fait un gris uniforme dehors et la clim très bien réglée de la chambre d’hotel m’ôte toute notion de temps. Heureusement, la perception d’une divergence ophtalmique croissante, doublée d’un embourbement cognitif certain, rappellent mes besoins primaires à l’ordre: il est temps d’aller se remplir la panse. D’ailleurs oui tiens il fait nuit. La salle du buffet n’amasse pas foule, et les serveurs sont presque surpris de voir quelqu’un perturber cet univers de cire. Les plats sont pourtant prêts et maintenus chauds, et les épices se mélangent aux fritures et saveurs sucrées, tentant ça et là de satisfaire davantage un palais occidental que local; le résultat n’est du coup pas toujours probant (vous avez déjà essayé du lait concentré avec du pain et du bacon grillé?). Et qu’est-ce qu’on boit avec ça: oh une teillère, chouette idée, un bon thé au jasmin… Je remplis le verre, la vapeur d’eau se dégage mais pas le fumet végétal attendu: fichtre, ils ont oublié le thé! A moins que… mais non, ce n’est pas une erreur: ici on boit de l’eau chaude par litres, chauffée et bouillie dans des cafetières à l’américaine, mais surtout pas d’eau fraîche (sauf en bouteille): question de santé publique. L’histoire ne dit en revanche pas comment sont fabriqués les glaçons plongés sur demande dans ce breuvage canonique pour le rafraîchir…
Mercredi passe, le maussade envahit l’espace: c’est à peine si je pense à ouvrir mes rideaux. Enfermé dans mon univers électronique, j’enchaîne les heures, et personne pour me ramener à la réalité du monde ambiant. La vue du 20è étage sur ce carrefour géant quasi-désert me remplit de rien, et je prends soudainement conscience du vide engendré par une vie solitaire totalement dédiée au travail et sans contacts extérieurs. L’avantage, c’est que ça permet d’avancer vite; l’inconvénient c’est qu’on oublie rapidement vers où. Heureusement, l’établissement d’un inattendu vidéo-chat avec mes grand-parents rochois me rappelle un peu qui je suis: je ne suis finalement peut-être pas là totalement par hasard.
“Tomorrow I let you know in the morning when we can go to the factory”, m’informe mon contact. Il était temps; c’est pas comme si jusqu’ici j’aurais à peu près pu faire tout ce que j’ai fait jusqu’ici depuis la maison. Le matériel ne sera tout de même délivré qu’en fin de journée, et je passe ma soirée – non sans une certain excitation – à expliquer par interprète interposé tout ce qu’il y a à faire, ou mettre les petites petites parties en métal, les grosses vis, attention là c’est fragile, ne mettez pas de la colle partout et hop voilà un TouchBook tout neuf. Bien sûr, il manquera un ou deux cartons de pièces détachées ci et là, mais avec un peu de persuasion, d’organisation et un bon téléphone, on finit toujours par s’en sortir.
Du coup, vendredi, c’est (enfin) parti: j’arrive à 9h30, 1h après le début de la séance. A peu près comme je l’imaginais: pas plus grand qu’une grange de la Chacunière, des murs décrépis et deux fois deux très longues tables séparées par un tapis roulant. Je fixe la batterie dans la partie plastique, je pose le tout sur le tapis roulant, je le prends et j’y rajoute des cables et y visse deux charnières, je pose le tout sur le tapis roulant, je le prends et j’y insère un clavier, je pose le tout sur le tapis roulant, je le prends et…. Du travail à la chaîne, comme je n’en ai finalement vraiment vu qu’à travers le petit écran (mais qu’ai-je donc fait pendant mon stage ouvrier de l’X!). Profil de l’emploi: très jeune (non, je ne fais pas travailler des enfants) – en gros 20-25 ans, a priori sans qualification. L’ouvrier en chef a 25 ans, et le manager local un peu plus âgé que moi. Et ça paye bien? Comme on s’y attend, pas vraiment: on vient ici parce qu’on nous facture l’heure de main d’oeuvre à 2 dollars, mais leur salaire de base n’en dépasse en fait pas 50 par mois. La différence avec mon salaire est donc à peu de choses près égale lui-même: faites le calcul, c’est du coup largement rentable – aussi – pour l’entreprise sous-traitante, au détriment du bout de la chaîne (si je puis dire). Il semblerait néanmoins qu’il y ait une certaine régulation du travail (je ne me suis pas vraiment renseigné avant pour être honnête), qui interdise par défaut le travail le dimanche ET le samedi. L’expérience prouve cependant que la contrainte s’ssouplit assez facilement, sous simple pression de planning et modulo un léger surcoût (qui peut quand même aller jusqu’au double). Je joue donc l’inspecteur des travaux finis (et en cours), en même temps que le réparateur d’unités mal en point et le co-inventeur (avec le jeune “chef”) des astuces de montage – ce dernier point a l’air d’augmenter ma crédibilité.
Après avoir trimé jusqu’à 22h la veille, ils remettent ça le samedi, donc. Carte en papier nominative, horloge-pointeuse, et hop. Pause de 10min à peu près toutes les 2 heures, sur un air de “chouette c’est la récré”, et on enchaîne: la batterie, les connecteurs, les vis, le clavier, clips la charnière, test ok, on visse le tout, on colle les pads en plastique, on emballe on range dans la grosse boîte, et on recommence. Le midi, c’est “fête”, on m’emmène dans un resto (vraiment) chinois, où sont joyeusement accrochées des guirlandes et autres “merry christmas” en carton, sur fond de serveurs avec bonnet de père noël et un sino – jingle bells (ou ave maria, c’est selon) d’un kitsch tout à fait de saison. Noël ici, c’est un peu comme Halloween en France: 100% import, et commercial avant tout. En guise de bienvenue, on nous sert non pas de l’eau tiède (mauvaises langues), mais une sorte de jus épais jaune-soleil-de-fin-de-journée, type lhassi mangue. Sounds cool. “- Fruit mix? – Corn juice.” Erk; je n’avais jamais imaginé presser un maïs comme un citron pour en extraire la moindre substance agréable. Pour faire passer le mélange, c’est sucré et chauffé comme du thé. Mes hôtes se réjouissent et se délectent, je me cultive. Pour le reste, huîtres à la façon escargots de bourgogne (beurre/persil/ail) et légumes bouillis, sur base de riz cantonnais (eh oui, on est juste à côté), agrémentent les plus connus poulets au curry et canard à l’orange (et non, je n’ai pas mangé de chien).
Fin de la semaine, à l’hôtel, pour changer. Pas de maillot de bain, pas de piscine (ok c’est une mauvaise excuse), je privilégie la randonnée quasi-urbaine et l’exploration des périphéries de mon carrefour central. J’ai même un but: trouver un produit pour dissoudre les taches de glue et reluire nos gadgets en cours de fabrication. Facile. Google Maps est très fort et m’indique deux “department store” à 1/2h de marche de là. Ma quête m’aura davantage permis de me dégourdir sous le regard curieux et amusé des autres piétons, et d’apprivoiser ces grandes avenues autrement que sur un siège sans amortisseurs. Je ramène quand même un échantillon de super-glue et du dissolvant de vernis à ongles pour faire quelques tests – absolument non concluants. Pendant ce temps là, l’autre moitié de la compagnie s’acharne sur l’assemblage électronique, avec un succès mesuré, mais réel. Vol de retour initial prévu demain – stop – demande instructions – stop – de mon côté ca roule – stop – mais on aura pas fini avant mardi – stop. Pas si simple; mais ce qui est sûr, c’est que l’un de nous deux est de trop sur ce territoire, et il va falloir tirer ça au clair demain matin. Soit. J’accepte le duel, mais en général je décide de ce que je fais de la journée *avant* mon petit déjeuner. Deal.
Lundi matin, l’empereur, sa femme et sa petite princesse se vidéordonnent pour le soir-même (enfin, le mien): l’aurore a décidé, c’est moi qui pars, tonight. Douches, bagages, ptit dej, check-out, et good morning Dongguan avant même 8h du mat’. Et aujourd’hui, pas d’interprète disponible. Armé de mon meilleur chinois, je me lance à expliquer que “là bon en fait l’écran tactile est pas tout à fait bien mis, il faut vraiment le caler pile-poil avec l’écran LCD pour que ca rentre ensuite dans la partie plastique, sinon on risque de casser un des morceaux; bon et aussi il faudrait mettre deux ouvriers sur les boîtes en carton et un sur l’emballage final, parce que là l’heure tourne et ca serait pas mal de prendre un peu d’avance pour pas se retrouver coincé”; je retrouve alors avec joie mes fidèles alliées de ce genre de situation: mes mains. Puis tout s’enchaîne, comme prévu (pour une fois): je remballe mes machines, je me fait trimballer dans la petite voiture tape-cul pendant 1h30, et direction le ferry pour traverser la baie jusqu’à l’aéroport. Dans l’intervalle, j’aurai perdu mon supposé bagage de soute pour cause de “vous aurez pas le temps de l’enregistrer à l’arrivée”. Démenti aussi sec une fois débarqué par l’enregistreuse du moment, mais pas grave, je retrouverai tout ça demain avec le retour du boss qui me la garde au chaud en attendant.
Hong Kong airport, 19h10, décollage dans 10 min. Juste le temps de finir et d’envoyer ça grâce au wifi pervasif, et de clore cette première aventure chinoise.